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Faut-il avoir peur de la mort ?

de Patrice Tardieu, professeur de philosophie

 

La raison ne nous donne aucun argument d’avoir peur de mourir. Ce n’est pas notre moi en tant que connaissance qui redoute la mort, c’est le vouloir-vivre aveugle en nous qui pousse à cette  « fuite de la mort » (« fuga mortis »). Le désir impérieux de persévérer dans son être présente la mort comme la fin de l’apparence empirique à laquelle l’individu s’est identifié. C’est pourquoi il se débat de toutes ses forces contre la mort.

Nathalie Dessay/Ophélie & SImon Keenlyside/Hamlet

Est-ce parce que l’être humain a goûté aux charmes de la vie ? Pas forcément : certains connaissent ou ont connu bien des moments douloureux et pourraient, au contraire, avoir la nostalgie du non-être ou même, cas extrême, comme Œdipe, souhaiter n’être pas né (« mè phunaï »). Beaucoup aspirent, en tout cas, après la mort, à un au-delà bienheureux. Preuve que la vie terrestre n’était pas aussi agréable…

Mais à quoi ressemble la mort elle-même ? A un évanouissement, un assoupissement, une syncope, une perte de conscience, à un sommeil profond… Il n’y a là rien d’effrayant.

« Mourir, dormir, rien de plus… Et dire que par ce sommeil nous mettons fin aux maux du cœur et aux mille tortures qui sont le legs de la chair : c’est là un dénouement qu’on doit souhaiter avec ferveur. Mourir, dormir, dormir ! Peut-être rêver ! Oui, là est l’embarras. Car quels rêves peut-il nous venir dans ce sommeil de la mort, quand nous sommes débarrassés de l’étreinte de cette vie ? » Shakespeare, Hamlet, acte III, scène première.

La mort, en fin de vie, pourrait donc apparaître comme un soulagement par rapport à la lutte diurne qui succombe chaque nuit au sommeil.

(À suivre)

 Pensée Je ne sais où va mon chemin mais je marche mieux quand ma main serre la tienne.

Alfred de Musset