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Pr Regis Pouget
Psychiatre

L’accompagnement en psychiatrie

Sans entrer dans les motivations qui guident chacun de nous dans ses choix et ses décisions, on s'accorde sur le fait que tout accompagnement exige une certaine empathie avec le sujet que I'on souhaite accompagner.

Deux écueils guettent les bénévoles et les professionnels : d'une part I'identification à I'autre, qui revient finalement à lui confisquer sa place, d'autre part le rejet, qui se manifeste souvent par des paroles, des mimiques, des gestes qui échappent à leur auteur et des actes manqués qui, comme leur nom ne l'indique pas, sont parfaitement réussis. C'est entre ces écueils qu'il importe de naviguer. Il existe des signes avant-coureurs que I'on peut nommer, par analogie, clignotants. Dans le cas de I'identification, c'est un sentiment de grand bien-être, une envie de prolonger I'entretien au-delà de l'habitude, de vibrer aux mêmes émotions. Le rejet est sans doute plus facile à percevoir, c’est l'impression que le temps s'écoule lentement, que I'on s'ennuie, que I'on ne trouve rien a dire et que I'on supporte mal cette situation.

L'originalité du fait psychiatrique est la difficulté de décodage du langage du malade, de sa traduction et, secondairement, de la réponse adaptée qui consiste a coder en retour son propre langage pour qu'il soit accessible à l'autre. Par langage il convient d'entendre une parole, un geste, une expression mimique ou un silence.

Une première barrière, comme dans toute communication, est le contact. L'anxiété, les ruminations tristes, les préoccupations, la réserve, le sentiment de I'inéluctabilité du destin ou de l'inutilité de la vie, les réticences et la méfiance viennent l'altérer sans que l'interlocuteur y soit pour rien au départ. La confiance ne se décide pas, elle est ou elle n'est pas. Comment l'améliorer ?

S'il existait une recette, un protocole à suivre dans les échelles d'évaluation d'inspiration américaine, sans parler d'une formule dite magique, on le saurait, car leurs inventeurs les auraient monnayés et la publicité s'en serait emparée et les journaux en auraient parlé. Or, chaque forme de maladie ou de symptôme exige une attitude différente. Parmi les atteintes les plus répandues, envisageons l'anxiété et la dépression.

L'anxiété

La crise d'anxiété peut se résumer en un état de tension en réponse à un sentiment de danger imaginaire inconnu a venir. Par danger il faut entendre tout événement désagréable pouvant comporter un risque même minime pour le sujet. Il ne sert a rien d'essayer de convaincre l'anxieux par un raisonnement logique. Celui ou celle qui ne supporte pas l'obscurité ou qui ne peut pas utiliser un ascenseur est en deçà du raisonnement et de la logique.

Dans un premier temps, on pourrait penser que des paroles aimables, vaguement consolatrices, pourraient avoir un effet bénéfique. Il arrive que ce soit le cas. Le résultat n'est jamais durable et, comme une litanie, les préoccupations anxieuses toujours pessimistes défilent, répétitives comme la récitation d'un chapelet. Répondre à un tel état par de longs discours est inutile. Essayer une fois suffit pour s'en convaincre. L'anxieux n'entend que ce qu'il veut entendre, son éventail d'écoute est rétréci.
La difficulté majeure réside dans ce que l'anxieux, à son insu, vise à rendre I'interlocuteur impuissant, voire déprimé. Une situation voisine en est une représentation : les états d'inquiétude ou de chagrin des enfants devant un jouet perdu ou brisé. Etre présent, parler peu, répéter que I'on est là et établir un contact physique tel que tenir la main ou s'appuyer sur l'épaule, voilà qui peut être ne réussira pas chaque fois, mais qui ne fera pas de dégâts.

La dépression

Le déprimé n'attend pas un événement imaginaire désagréable ou déplaisant, il l'a subi dans la réalité ou imaginairement, s'en rend responsable et coupable, sans pouvoir apporter réparation. Le deuil d'un être cher s'en rapproche, mais le deuil habituel n'est pas une dépression.

Seul le deuil appelé pathologique constitue un état dépressif qui empêche le deuil véritable d'évoluer vers sa résolution, qui n'est ni l'oubli ni l'indifférence, mais la symbolisation de l'absence.

Ce que nous pourrions appeler la «psychologie de l'omoplate», consistant à taper sur l'épaule en signe de réconfort, ou les raisonnements du type « forcez-vous » sont dérisoires.

La schizophrénie

Parmi les psychoses chroniques, la schizophrénie est la plus répandue puisqu'elle touche environ un pour cent de la population. Leur accompagnement demande une certaine expérience. Les deux dangers à éviter sont soit l'adhésion inconditionnelle au discours, soit son rejet pur et simple sous prétexte qu'il est illogique et délirant. Des professionnels et des bénévoles ont perdu la vie pour avoir négligé ces précautions élémentaires.

Quel accompagnement ?

L'accompagnement en psychiatrie n'est pas une chose insurmontable, mais il implique beaucoup d'humilité et de prudence. Ce qui réussit pour l'un ne réussira pas obligatoirement pour l'autre. Quelle que soit sa forme, il est prudent de suivre régulièrement des contrôles, soit auprès d'un professionnel soit dans un groupe. Le résultat vaut la peine d'essayer, pour accéder à la connaissance de l'éminente dignité du malade mental