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Dr Carole Exbrayat

Hématologue, secteur des soins intensifs, service hématologie et ontologie médicale, clinique du Parc

Les soins continus en hématologie : faire reculer les limites du possible

 

De nos jours, grâce aux progrès thérapeutiques réalisés et à la meilleure gestion de leurs effets, on obtient souvent dans les hémopathies malignes une guérison ou une rémission prolongée. De nouvelles techniques apparaissent actuellement : greffes de cellules souches autologues ; greffes secondaires familiales mini conditionnées, immunothérapie, thérapie génique. La réanimation s'améliore aussi avec de nouveaux antifongiques, des antibiotiques puissants, une meilleure qualité transfusionnelle. Tout cela semble faire reculer les limites du possible. Les décisions thérapeutiques sont donc simples en première ligne de traitement, elles deviennent plus délicates en cas de résistance de la maladie ou en cas de rechute. L'échec des traitements à visée curative ou I'évolutivité de I ' hémopathie maligne dans le temps va faire évoluer le patient d'une phase curative à une phase dite palliative. C'est la notion de soins continus. Une fois admise la perspective palliative, l'équipe médicale et paramédicale, l'entourage vont accompagner le patient jusqu'a la fin de sa vie. On va s'appliquer alors à faire attention aux symptômes et à soulager. Les symptômes que vont présenter les patients atteints d'hémopathie maligne en phase palliative vont avoir une certaine spécificité liée à la spécialité elle-même. En premier lieu, la réalisation des transfusions en culots globulaires et en concentré plaquettaire.

 

Un patient moins anémique sera moins asthénique et aura un meilleur confort de vie, Son programme transfusionnel sera donc maintenu même en phase palliative. De même, une hémorragie extériorisée est toujours anxiogène pour le patient et sa famille : le médecin va essayer d'évaluer le risque hémorragique, le patient sera transfusé en plaquettes de manière à éviter ce syndrome hémorragique. La fièvre est un symptôme également fréquent. Si le patient est de plus neutropénique, une antibiothérapie empirique per os, sous-cutanée ou intraveineuse peut être réalisée de manière à améliorer son confort. La fièvre, de même que les douleurs osseuses ou I'augmentation de la blastose sanguine, peut être liée à la maladie elle-même et à son évolutivité. Pour maintenir une certaine qualité de vie,on peut essayer de diminuer ces symptômes par une chimiothérapie per os ou même intraveineuse. La place et l'importance des soins palliatifs correspondent à la prise en charge de tous ces symptômes. Ne plus être dans une démarche curative, cela ne signifie pas ne plus rien faire. La question posée est alors quel projet thérapeutique, quel projet de vie pour les dernières semaines, les derniers jours ou heures à venir. La qualité de l'accompagnement de la fin de vie - même si mourir est et restera toujours un déchirement - peut, peut-être, donner un sens à notre propre mort.