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Dr Marcel Danan
Psychiatre,
Président du conseil départemental
de l’Ordre des médecins de l’Hérault

Je remercie I'ASP Montpellier-Hérault d'avoir demandé au représentant de l'Ordre des médecins de rédiger ces quelques lignes pour son bulletin. L'Ordre des médecins a, bien avant la loi du 9 juin 1999 visant à garantir le droit a I'accès aux soins palliatifs, rappelé les devoirs des médecins en ce domaine. L'article 37 du Code de déontologie médicale est très clair à ce sujet : "En toutes circonstances le médecin doit s'efforcer de soulager les souffrances de son malade, de l'assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique". L'article 38 indique : "Le médecin doit accompagner le mourant jusqu'a ses derniers moments ; assurer par des soins et mesures appropriés la qualité d'une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage ; Il n'a pas le droit de provoquer délibérément la mort". Depuis une vingtaine d'années, des unités et services de soins palliatifs et d'accompagnement des mourants, apportent aux patients en fin de vie et à leurs proches soulagement et assistance. On est ainsi passé de la douleur rédemptrice à la lutte contre la douleur et le temps est loin, mais ceux de ma génération l'ont vécu, où le mourant vivait seul ses derniers instants dans une salle commune d'hôpital entredeux paravents afin de ne pas déranger ses voisins de lit et leurs visiteurs. Le plus troublant est qu'il ait fallu attendre des textes (Code de déontologie, lois) pour rappeler les devoirs élémentaires des soignants envers leurs patients. Tout soignant devrait participer aux soins palliatifs et à l'accompagnement des mourants. Il n'est pas concevable que certains médecins hautement spécialisés considèrent que leur tâche s'arrête avec un acte technique, et qu'ils passent ensuite la main à d'autres en cas d'insuccès pour l'assistance morale et les soins palliatifs. S'estiment-ils incompétents pour la sédation de la douleur et l'aide morale ? N'ont-ils pas le temps de s'y consacrer ? Ou, tout simplement, sans se l'avouer, acceptent-ils mal, imbus de leur orgueil, leur impuissance à guérir leurs patients ?
 
Faut-il voir dans cette attitude l'occultation de la mort ? Comme disait Marc-Aurèle : «Mourir, c'est aussi un des actes de l'être vivant ». La mort ne doit pas être considérée comme un échec, mais comme une phase ultime à accompagner médicalement, mais aussi moralement et affectivement. Il ne doit pas y avoir une médecine des vivants et une médecine des mourants. Tout soignant se disant incompétent pour les soins palliatifs mérite t-il encore le nom de soignant ? Les connaissances techniques pour réaliser la sédation de la douleur sont à la portée de tout praticien. La dimension affective, elle, ne s'apprend pas, elle est innée. Certains en sont plus pourvus que d'autres. Il y a la une des raisons pour lesquelles les soins palliatifs sont codifiés par des textes. Les autres raisons sont le grand nombre de patients que les soins de plus en plus perfectionnés maintiennent longtemps envie, l'isolement social de certains, I'encombrement des établissements de soins et le surmenage des équipes médicales. Il convient par ailleurs, lorsqu'on s'intéresse aux soins palliatifs, de ne pas avoir une vision trop restrictive de leurs indications. Il ne s'agit pas seulement de ce qui est mis en oeuvre lorsque tout espoir est perdu et que la mort est prochaine. Les soins palliatifs s'appliquent aussi à des patients longtemps avant la phase terminale et ne sont pas exclusifs des soins curatifs. Enfin les thérapeutiques modernes à visée curative sont parfois très difficiles a supporter et peuvent justifier aussi des mesures d'aide psychologique. Il est donc nécessaire que les associations prévues par la loi comme I'ASP Montpellier-Hérault, comptant des bénévoles, collaborent au sein d'équipes pluridisciplinaires à l'accompagnement des mourants dans les établissements de soins, à domicile, ou bien à l'accompagnement de malades que des thérapeutiques incisives mettent en danger. De plus, il est nécessaire qu'une formation soit donnée aux bénévoles afin d'éviter certaines erreurs et de repérer les personnes inaptes ou ayant des motivations morbides, le spectacle de la douleur et de la mort d'autrui étant susceptible d'attirer des sujets aux motivations ambiguës. L'équipe de I'ASP Montpellier-Hérault est parfaitement qualifiée pour remplir toute cette tâche. Je ne doute pas de son efficacité,